Reselvoke

La distance entre la ville de Calgary (en Alberta) et celle de Vancouver (en Colombie-Britannique) me paraît interminable après près d’une semaine sur la route.  Au total, 10 heures et une trentaine de minutes font le pont entre ces deux grandes villes.

Au bout de cinq heures de route, je sens la fatigue gagnée. J’ai peine à garder les yeux ouverts. Je veux éviter de conduire la nuit, mais surtout de faire un bête accident, je cherche donc une occasion de m’arrêter  dans un endroit sûre à l’écart. Une occasion qui au milieu de nulle part ne semble jamais arriver.

La nuit

J’aperçois après quelques kilomètres un panneau qui indique Revelstoke. Au cœur des montagnes, cet endroit m’apparait comme une oasis dans un vaste désert. Et cet arrêt, au cœur de nulle-part, est plus que bienvenu sur notre long chemin.

Une autre rue

Aux premiers abords, le secteur n’a l’air de rien, deux stations services, un McDo et un Tim en bordure de la route, sans plus. Après tout, cette ville, qui se trouve presque à mi-chemin entre Calgary et Vancouver, compte à peine 7230 âmes, soit bien en deçà de population de la plupart des quartiers  de Toronto.

Centre-ville

En allant plus loin, je découvre pourtant que cette petite cité abrite un hôpital, une chambre de commerce, des restos, des hôtels et même un musée. Notre bref tour de la ville nous conduit dans une buanderie. L’endroit idéal pour faire une pause. Joshua et moi rentrons à l’intérieur. Pendant qu’une brassée de vêtements sales fait peau neuve,  mon fils se concentre sur ses devoirs d’école que nous avons réussi à imprimer plus tôt à partir d’un bureau de touriste.

J’inspecte les lieux du regard et à part Josh et moi, il n’y a que deux jeunes hommes présents. Le premier a un physique élancé,  un look d’artiste avec son chapeau sur la tête et parle l’anglais avec un accent français. Alors que l’autre est mince, noir avec un style plutôt relax. De par leur convo, je comprends qu’il ne s’agit pas de touristes, mais que ce sont des gens du coin.

J’entame une conversation avec eux et leur demande s’il y a des choses intéressantes à faire dans le secteur. Ils me confient qu’à part les bars et le ski, que les activités dites familiales sont plutôt rares. Je suis curieuse et  les questionne par rapport à leur origine. L’un m’explique qu’il vient de la France et a emménagé tout récemment, tandis que l’autre est originaire de l’Afrique et habite la région depuis deux ans.

Selon eux, malgré le manque de loisirs, Revelstoke est une ville cool. IIs me racontent la vie en  montagnes avec les hivers doux et la saison de ski qui attirent selon eux près du double de la population. Ils sont relax et je trouve leur compagnie rafraîchissante. Au bout de quelques instants cependant, ils repartent avec pour plan de passer la soirée au bar du coin en abandonnant temporairement leurs brassées de vêtements.

Josh et moi décidons alors d’aller nous promener dans les environs. On s’arrête au dépanneur pour acheter de la pizza et des chips au grand bonheur de Joshua. La plupart des gens que l’on croise semblent sociables et chaleureux comme ce gars du dépanneur qui nous confie des anecdotes où il se serait fait surprendre dans le secteur plus d’une fois par la présence d’ours. J’ignore s’il fabule ou s’il dit vrai, mais je suis amusée par ses propos.

Nous retournons à la fin de la soirée à notre tâche ménagère qui me rappelle ma routine à la maison. Je trouve un certain réconfort à rassembler et à plier les vêtements chauds fraîchement sortis de la machine. La soirée a passé rapidement et il est déjà l’heure du dodo.  Après notre routine habituelle, petite toilette et brossage de dents, à même le dépanneur du coin, nous retrouvons notre «maison mobile», notre fidèle Toyota. C’est ainsi qu’en cette 6ième journée, nous disons  au revoir à cette palpitante journée et bonsoir à Morphée.

l’Alberta

Il est 14 heures et des poussières lorsque nous disons au revoir à la Saskatchewan et bonjour à l’Alberta. L’air ici est moins sec qu’en Saskatchewan ou au Manitoba et la légère sensation d’humidité est la bienvenue car elle soulage nos narines habituées à l’air de l’est du pays. La température est un peu fraîche, mais les rayons du soleil nous réchauffent, alors je décide de profiter du beau temps pour faire un arrêt près de la route.

Panneau Alberta

Le chemin est long et malgré la présence de mon fils de huit ans, je me sens souvent seule au monde à bord de notre fidèle Toyota. Mes pensées se perdent à l’occasion dans le paysage. Je songe à la route qui nous attend, je me demande de quoi aura l’air la prochaine ville. J’avoue avoir peur. Peur de ne pas arriver à Vancouver. Peur de ne pas être capable de retourner à Toronto après tous les kilomètres parcourus. Dans ces moments, je reprends le dessus sur mes idées négatives et me dit qu’il s’agit d’un grand rêve et que si je me suis rendue jusqu’ici, alors tout ira bien.

Sur la route 2

Joshua lui s’adapte plutôt bien au voyagement, à ma grande surprise. Contrairement à ses habitudes, il ne se plaint qu’à de rares occasions. Il dort bien, mange raisonnablement. Mais je crois qu’il apprécie par dessus tout le temps passé avec maman. Nous avons quitté la maison il y a maintenant près d’une semaine. Avec le train-train quotidien, il est rare que l’on passe autant de temps ensemble sur une période continue.

Sur la route

Au bout d’un moment, je trouve près d’une station d’essence un beau parc pour enfants. Je sors nos provisions de nourritures, et nous prépare des sandwiches au beurre d’arachide avec des fruits. Pendant ce temps, Joshua s’amuse dans les différents modules. On voit d’autres enfants jouer dans le parc, mais il ne semble pas intéressé à se joindre à eux, malgré mon insistance. Après avoir mangé, on quitte l’endroit pour aller de l’autre côté de la rue où se trouve un petit musée.

Dino devant le musée

Sur le terrain avant, on a pu apercevoir de loin un énorme dinosaure. Mais l’établissement est si modeste que la visite est déjà complétée au bout de seulement quelques minutes. Joshua n’est pourtant pas à plaindre. Juste un tour dans le département des armes à feux aura suffit pour faire son bonheur.

 

On poursuit ensuite notre chemin pour enfin arriver dans le cœur de l’Alberta, à Calgary…

Panneau Calgary

Lola & Nico

En partant, nous avons dit au revoir à nos hôtes Jessie, Gary et à leur chien Zack…mais aussi à Régina. Je n’en reviens pas de toute la route parcourue jusqu’ici. Nous sommes à mi-chemin déjà dans ce voyage.

Je ne peux m’empêcher de penser que si je n’avais pas répondu à ce cri du cœur qui m’a poussé à partir vers l’inconnu, je serai probablement encore dans le confort de ma routine quotidienne à Toronto. Malgré ma peine à cause du départ de la Saskatchewan, je suis sereine, car je sais que d’autres aventures et rencontres nous attendent.

Après quelques heures de route, juste avant d’arriver en Alberta, je m’arrête pour prendre une pause dans une aire de repos loin de tout.

J’aperçois d’abord une jeune femme dans la fin vingtaine aux longs cheveux bruns. Elle passe rapidement à côté de moi et si ce n’est du fait que l’endroit est presque désert, je me rends à  peine compte de sa présence. En sortant du bâtiment, je remarque qu’elle n’est pas seule. Elle rejoint un grand brun aux cheveux bouclés et à l’allure sympathique.

Lola et Nico

La fourgonnette bleue pâle et blanche dans laquelle ils s’assoient attire mon attention. Il y a dessiné d’un côté le continent américain, les quatre points cardinaux en plus d’une expression en espagnol « Kombi Pa’l Norte ».

Dora

Je suis intriguée. D’où viennent-ils? Où vont-ils? Qu’est-ce Kombi Pa’l Norte veut dire? J’ai envie d’aller leur parler, mais ils sont à l’intérieur du véhicule et je ne veux pas déranger. D’autant plus que je dois reprendre la route. Il nous reste beaucoup de chemin à faire avant d’arriver à Calgary. J’ai pourtant le sentiment que si je repars sans les avoir abordé, je le regretterais. Je suis dans l’auto avec Josh et j’hésite pendant un long moment.

Un couple de voyageurs  plus âgés s’approche alors d’eux et leur adresse la parole. Je vois ça comme un signe et je me dirige à mon tour vers leur véhicule. Josh me suit derrière. La porte de leur camionnette est ouverte. Le jeune homme et la femme répondent aux questions des curieux. J’écoute attentivement leur conversation tout en observant l’intérieur du véhicule qui comporte un lit-banquette, un comptoir, une cuisinette et plusieurs photos d’eux prises à différents endroits tapissent la portière ouverte de l’automobile.

l'intérieur de la van

J’apprends qu’ils sont partis en août 2014 de l’Argentine pour se rendre en Alaska en camionnette. Kombi Pa’l Norte signifie le bus vers le nord.

Sur l'autoroute de l'Alaska

Lui s’appelle Nico et elle Lola. Ils racontent avoir atteint leur objectif deux ans (et plus de 70 000 km) plus tard et depuis ils traversent le Canada de l’ouest vers l’est pour regagner tranquillement l’Amérique du sud. Quelle histoire! Je suis fascinée. Lorsque le couple âgé repart, je ne peux m’empêcher de rester sur place et ce malgré l’empressement de Josh qui souhaite reprendre son chemin. J’ai une tonne de questions : Pourquoi? Comment? Avec quoi?

Alaska

En voyant mon immense curiosité, Nico prend un petit tabouret qu’il déplie. Il m’invite gentiment à m’asseoir avec eux. Les deux répondent patiemment  mais surtout passionnément à toutes mes interrogations. Ils me racontent leur histoire. Tous deux dans leur fin vingtaine, lui un chef cuisinier de métier et elle une journaliste ont choisi de quitter leur emploi respectif afin de découvrir de nouveaux horizons et vivre sans contrainte.

 

Ils me racontent les quelques bas et les beaux hauts de leur périple.  Pour arriver à leur fin, ils vendent des cartes postales et des produits qu’ils fabriquent eux-mêmes. Ils ont même un site internet via lequel  ils vendent leurs produits et rapportent leur récit.

Interieur van

Je n’ai jamais rencontré de gens pareils. J’envie le courage qu’ils ont eu d’avoir fait de leur rêve une réalité. Après de longues minutes de conversation, je finis par les quitter en les souhaitant bonne chance dans la suite de leur aventure. En quittant, j’ai l’impression d’avoir dit au revoir à de vieux copains, tout en sachant au fond de moi que cette rencontre marquera à jamais mon voyage et le reste de mon existence.

Au revoir

Pour en apprendre plus sur les aventures de Lola & Nico, rendez vous au www.kombipalnorte.com

Régina

La ville de Régina, en Saskatchewan, me rappelle Ottawa à plusieurs égards à cause de son architecture et de ses espaces verts.  Je suis impressionnée par l’allure des édifices, tout particulièrement par celui de l’Assemblée législative. J’apprends que c’est à cet endroit que sont prises plusieurs décisions politiques de la région.

20160920_183904

Cette bâtisse se trouve d’ailleurs sur le terrain du Centre Wascana, un immense parc de 9,3 km. Certains le comparent au Central Park à New York. Il paraît que c’est  l’un des sites les plus fréquentés de la province. On peut pratiquer sur place de la course à pied, du kayak et du patin à glace dans un décor sublime. On trouve aussi sur place une université, un magnifique jardin de fleurs et un grand lac. L’endroit est superbe surtout durant cette période de l’année où les couleurs des arbres nous font apprécier l’automne.

20160920_143331

Nous arrivons en début d’après-midi dans un bed and breakfast que j’ai trouvé sur internet. Tout est jaune! Les murs de la maison sont jaunes. La voiture des propriétaires l’est. Même les feuilles des arbres sur la rue sont de la même couleur. En cette journée particulièrement ensoleillée, j’ai l’impression que tout a été divinement orchestré.

En nous présentant à la porte, Jessie, une charmante dame âgée vient nous ouvrir. Elle est petite et paraît plutôt réservée, mais est très aimable. Jessie habite avec son chien Zach et son mari  Gary. Ce dernier passe la majeure partie de son temps devant la télé au sous-sol. Nous le croisons  à peine durant notre séjour, sauf quand vient le temps de payer pour notre court séjour. Il a malgré tout l’air sympa.

C’est accompagnée de Zach que la dame nous conduit à notre chambre après nous avoir fait faire le tour. Il y a trois pièces à l’étage supérieur : celle des maîtres et deux autres pour les visiteurs. La chambre où nous nous installons est décorée modestement  et compte un lit, une table de chevet et un mini réfrigérateur. C’est tout juste ce qu’il nous faut. Ça fait du bien de se sentir un peu comme chez soi.

Après avoir monté notre valise et prit une bonne douche (qui je dois dire, après trois jours de camping, me procure une extraordinaire sensation de bien-être), je me sens revitalisée. Je suis prête à partir à la découverte de Régina. Premier arrêt,  la pizzéria. Josh est heureux!

20160920_184900

On poursuit ensuite notre visite autour du grand lac. Mon fils prend plaisir à lancer des cailloux dans le lac. Avant même que l’on s’en rend compte, la nuit est déjà tombée. La journée a passé vite. Nous sommes fatigués et rentrons nous couchés. On est ici depuis peu, mais je dois avouer être conquise et je pense pouvoir dire que j’aime Régina. Je crois qu’il s’agit jusqu’ici  de ma portion préférée du périple.

Couchée dans mon lit, je repasse dans ma tête des images du voyage. Ça fait déjà près d’une semaine que nous avons quitté Toronto après que j’aie ressentie l’urgence de partir. Il ya si longtemps que je rêve de ce road-trip et maintenant que je suis entrain de le vivre, j’ai peine à y croire. Je suis contente d’avoir accompli tout ce chemin.

Manitoba à la Saskatchewan

«Hier est de l’histoire, demain est un mystère, aujourd’hui est un cadeau»                   Eleanor Roosevelt

Après une nuit magique à dormir à la belle étoile, je me lève ce matin en pleine forme prête à vivre de nouvelles aventures. Il est 7 :30, il fait beau malgré une température un peu fraîche. Après un arrêt chez Tim pour mon café matinal, nous sommes en route vers la Saskatchewan.

Quoi de mieux que de la musique country pour se mettre d’aplomb. J’entends à la radio la chanson «No shoes, no shirt, no problem». Une mélodie qui me met  tout de suite le sourire aux lèvres, mais plus j’y pense, plus je trouve  que ces paroles sont pleines de bon sens. Il me semble que moins on a de matériel, moins de problème on a.

wp-image-492779501jpg.jpg

Près de trois heures plus tard, on dit au revoir au Manitoba et bonjour à la Saskatchewan. Le paysage est rural. L’air est plutôt sec. On m’avait d’ailleurs déjà parlé de cet absence d’humidité dans les prairies, mais de le ressentir est une drôle de sensation.

Vaches

On s’arrête en chemin pour admirer les vaches qui semblent se demander ce que l’on fait là. Comme on se trouve sur la route secondaire, il y a peu de circulation pour ne pas dire aucune. Il n’est pas rare de rouler pendant des kilomètres et de ne voir aucune autre voiture sur notre passage.

Un peu comme dans le film Cast Away dans le lequel jouait l’acteur Tom Hanks, j’ai l’impression que l’on est seul au monde. C’est une sensation étrange qui se transforme bientôt en inquiétude quand je m’aperçois que l’aiguille du cadran de l’essence pointe sur le E.

Nous venons de parcourir une dizaine de kilomètres sans l’ombre d’une station d’essence à l’horizon. Je panique, mais tente de garder mon calme pour ne pas ruiner l’atmosphère conviviale de l’instant d’avant. À présent, près d’une trentaine de minutes se sont écoulées et la lumière de la petite pompe à essence du cadran est allumée.

C’est à ce moment que j’aperçois sur le bord du chemin une station-service et un petit resto. Aye! J’ai eu chaud! On s’arrête, je fais le plein et on en profite pour prendre une bouchée.

Arrive en Sask

Peu de temps après, on arrive à Régina. Je dois l’avouer, j’ai toujours eu une idée préconçue de ce que la Saskatchewan pouvait avoir l’air. Je suis donc surprise en arrivant dans la ville. Il y a de la vie… des édifices, des magasins, des restaurants et tout plein de monde. Je n’en reviens pas.

Au revoir l’Ontario, bonjour au Manitoba!

Je n’en crois pas mes yeux. Il est midi 36. Au jour 3 de notre expédition, nous disons au revoir à l’Ontario et bonjour au Manitoba. Le paysage de la province voisine est beaucoup plus plat comparativement aux montagnes de l’est. Il fait très venteux à notre arrivée, mais au moins le soleil est de la partie.

Drapeaux Monnaie royale canadienne

Dès notre entrée à Winnipeg, je me laisse guider par mon instinct qui me conduit vers le centre de la Monnaie royale canadienne. Ce sont les nombreux drapeaux qui flottent au vent sur le terrain avant qui attirent mon attention. On les distingue de la route à cause de la façade en vitre dorée de l’édifice. C’est à cet endroit que sont produites les pièces de monnaie qui circulent à travers le pays.

Monnaie royale canadienne

Josh est immédiatement attiré vers le petit étang sur le terrain. Il scrute les environs à la recherche de cailloux pour les lancer à l’eau. Après cet arrêt, on continue notre virée et on se dirige vers le centre-ville. C’est toujours intriguant d’arriver dans un nouvel endroit et de voir de quoi les gens et les environs ont l’air.

Banc a Winnipeg

À première vue, Winnipeg me rappelle le quartier Verdun à Montréal. Peut-être est-ce à cause de l’allure de certains buildings un peu vieillot, de la présence des quelques bars que je remarque sur le chemin, des bancs publics sur le bord des rues et des gens en apparence relax que je rencontre.

Par la suite, on fait un tour du côté de La Fourche (The Fork). C’est le cœur historique de la ville. On y trouve entre autre un marché public, des restos et des boutiques. On s’arrête au Parc des aventuriers du patrimoine Variety. La température est magnifique, plusieurs enfants s’y amusent. Josh ne fait pas exception. Il grimpe dans les différents manèges qui portent la thématique historique de la ville. Certains sont fait en forme de gros bois, alors que d’autres représentent les canots utilisés avant pour la traite de fourrures des explorateurs.

Pendant que Josh est bien occupé, je fais quelques recherches à partir de mon téléphone pour trouver l’endroit idéal (beau, bon, pas cher) où nous pourrions passer la nuit. Après trois jours sur la route, l’idée de dormir à nouveau dans un lit m’attire beaucoup.

wp-image-2107057182jpg.jpg

Je trouve une auberge de jeunesse au centre-ville, à quelques pas de nous. J’appelle, mais n’obtient aucune réponse. On se rend sur place. Une note collée sur la porte indique que l’établissement est fermé sans plus d’explication. Je retourne à la voiture où je reprends mes recherches, me rends à un autre endroit, puis un autre, puis encore un autre, sans succès.

Ils sont soit trop chers, insalubres ou n’ont aucune place pour la nuit. J’essaie une ultime tentative du côté de l’université qui offre parfois des chambres à prix abordables. Pas de chance, toutes leurs chambres sont prises.

La nuit commence à tomber. Je retourne à l’auto exténuée et découragée. Josh lui garde le moral. Il me surprend. C’est d’ailleurs lui qui m’encourage en me disant en des mots que peu importe les défis, il faut toujours essayer de voir le bon côté des choses. Ce sont des termes que je lui répète souvent, mais je reste ébahie lorsque c’est lui qui me les dit.

C’est donc une autre nuit de camping qui nous attend. Après avoir trouvé un terrain  calme à l’extérieur de la ville. On se prépare pour une soirée à dormir à la belle étoile. À ce moment, je n’ai qu’une idée en tête : dormir. Tout à coup, le ciel s’illumine! Des lumières dans le ciel virent tantôt aux mauves tantôt au vert sur un fond nocturne. C’est une aurore boréale!

Plus jeune à l’école, j’avais beaucoup entendu parler de ce phénomène, mais c’était la première fois de ma vie que j’assistais à un tel spectacle. Et quel spectacle! C’est une image que je n’oublierai jamais. Josh est impressionné aussi. De le voir si heureux me touche.

Cette expérience m’a alors rappelé que rien n’arrive jamais pour rien. Que souvent lorsque l’on ouvre ses horizons, la vie nous réserve de belles surprises et que ce que l’on peut percevoir comme une situation malheureuse peut alors se transformer en quelque chose de magique.

La traversée tumultueuse

Le cadran de la voiture indique 4h du matin lorsque j’ouvre l’œil. Ma mémoire me revient tranquillement et je me rappelle que nous avons passé la nuit dans l’auto stationnée chez Wally (Wal-Mart). Josh est toujours endormi sur la banquette arrière. Je décide de reprendre la route. Il nous reste encore bien du chemin avant d’atteindre Kenora, principale ville avant de traverser au Manitoba. Mais avant, ça me prend mon café. Vite un tour chez Tim. Avec ma dose de caféine à portée de main, je me sens d’attaque pour affronter un million d’heures de route.

 

En regardant sur le chemin, j’hésite. Gauche ou droite? Droite ou gauche? À gauche, c’est le chemin qui mène vers l’autoroute transcanadienne. De l’autre, c’est la route secondaire. Je choisis d’y aller par la deuxième option pour avoir en roulant une plus belle vue du paysage.

 

Quelle erreur!!! L’automne est à nos portes, donc il fait encore sombre dehors. Je me rends vite compte que cet avenue est peu éclairée et il n’y a qu’une voie pour chaque direction. Il est trop tard pour rebrousser chemin. Je me suis rendue trop loin. En plus, un épais brouillard submerge les environs. Je peux à peine voir devant. J’allume les lumières hautes, mais ça ne change pas grand chose. J’ai la frousse. Peur d’avancer, peur de rester sur place. Je continue malgré tout en espérant éventuellement trouver un endroit sécuritaire où m’arrêter.

 

Mais c’est peine perdu. Je suis sur une route entourée de montagnes et de forêts. Je ne vois rien d’autre à des kilomètres à la ronde si ce n’est à l’occasion un autre véhicule qui roule en sens inverse. Je me sens seule au monde. La peur a envahit chaque cellule de mon corps. J’ai des frissons dans le dos, le cou raide et des douleurs au bas du dos à cause du stress. J’imagine l’auto faire une sortie de route et atterrir dans un fossé. Je vois déjà les secours nous retrouver quelques jours (voire quelques semaines) plus tard, car il n’y aura eu aucun témoin de l’accident. C’est ainsi que nos vies prendront fin. Dans un bête accident. Et quelle idée que de vouloir partir seule dans un road trip à l’autre bout du pays…

 

Je prends une respiration profonde et reprends le fil de mes idées. Je me répète que tout va bien aller. Et qu’après la pluie vient le beau temps. Puis au bout de ce qui me parait être une éternité, je trouve un endroit où m’arrêter. Jamais le stationnement peu éclairé d’un casse-croûte ne m’aura paru aussi attirant. Je ralentis, me stationne puis prend une pause. Toutes ces émotions ont brulé mon énergie. Après environ une demi-heure, je me réveille et reprends mon chemin. Joshua a dormi tout le long. Tout ce temps, il ignore quelle catastrophe nous a frôlée.

kenora

Il est 7 heures du matin quand on arrive dans à Kenora. J’arrête la voiture dans une halte routière située sur le bord d’un lac. L’endroit est paisible. Josh se réveille enfin. Nous assistons à un levé de soleil incroyable. Je vois ça comme un clin d’œil de la vie après une traversée tumultueuse. Ça m’encourage à poursuivre cette aventure. Nous voilà maintenant à quelques kilomètres de la province voisine. J’ai hâte de découvrir le nouvel horizon.

Thunder Bay

Depuis notre départ de Sudbury, je roule, je roule et je roule encore. Après 12 heures sur la route (et quelques arrêts) je suis morte de fatigue. Nous arrivons vers 20h30 dans la ville de Thunder Bay, située au nord Ouest de l’Ontario. Thunder Bay est une grande, mais à la fois une petite ville.

En raison de son éloignement du Grand centre (Toronto) et parce qu’elle se trouve au nord, à bien des égards, cet endroit me rappelle le nord du Québec, plus précisément l’Abitibi-Témiscamingue. Thunder Bay est la 2e plus grande ville du nord de l’Ontario. Tout comme Sudbury, cette métropole compte une grande population francophone. J’entends quelques personnes qui parlent le français. Cela me fait du bien. La ville est aussi entourée de plusieurs forêts. Inutile de rouler bien loin pour s’entourer de la nature à sa plus simple expression et la vue sur le Lac Supérieur fait rêver.

Conduire sur une route entourée de forêts, c’est inspirant. Mais après autant de temps en auto, je suis heureuse de voir une jungle urbaine avec ses lumières et magasins. Soulagée d’être arrivée dans la civilisation. Je m’arrête chez Wally (Wal-Mart) pour que l’on se réapprovisionne. De se dégourdir les jambes nous soulage. J’achète  ce qu’il nous faut de nourriture, puis nous retournons à la voiture.

Je fais le tour du stationnement et remarque quelques voitures, camionnettes et véhicules motorisés sur place. Certains magasins de la chaîne permettent aux campeurs en véhicules d’utiliser le stationnement gratuitement pour une nuit. Je trouve alors un coin tranquille à l’arrière de la bâtisse. Je décide que c’est à cet endroit que nous passerons la nuit. On a alors grignoté un peu, enfilé nos pyjamas, brosser nos dents puis on s’est endormis. À ma grande surprise, Joshua est enchanté. Au départ, il semblait ne pas être sûr d’apprécier le voyage, mais à présent, je le sens beaucoup plus partant.

20160918_141026

Il s’est d’ailleurs trouvé un passe-temps. Par moment, je m’arrête sur le bord d’un lac pour me ressourcer. Durant ces arrêts, Joshua en profite pour ramasser des pierres et les lancer à l’eau. Il y prend tellement de plaisir que je dois parfois l’empresser de revenir à la voiture quand vient le temps de repartir. Il rapporte même avec lui quelques cailloux sur lesquels ils se dessinent des amis imaginaires.

C’est fou le mélange de sentiment. Je dois avouer me sentir seule au monde des fois, surtout la nuit. Et ce même si Joshua est à mes côtés. D’autres instants, je sais que je ne suis pas complètement isolée. Je me rappelle aussi qu’une vie sans l’accomplissement de ses désirs les plus fous, n’est pas une vie pleinement vécue. Cette idée me rassure. Je m’endors alors en songeant à ce que je suis entrain d’accomplir et à ce qui nous attend pour la journée de demain.